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Bernal nage en plein rêve

Bernal nage en plein rêve
"- (Mon premier vers) Je l'ai fait en rêve. Au réveil, j'avais oublié.
- Il fallait vite l'écrire.
- C'est bien ce que je me suis dit. Je l'ai même écrit beaucoup trop vite... Je l'ai écrit en rêve."



Ce dialogue du "Ondine" de Gireaudoux est une coïncidence fabuleuse avec la dernière fantasmagorie de Gondry ! Il illustre avec humour la frontière ténue entre le rêve et la réalité que l'art cinématographique d'un génie tel que Michel Gondry parvient à saisir avec "la science des rêves". Son cinéma de bric et de brac est aussi minutieux qu'il paraît bordélique, tout simplement parce que c'est son cerveau, ses histoires, sa propre complexité qu'il porte à l'écran... alors forcément, le cinéaste sait par-dessus tout comment être fidèle à lui-même ! C'est cette sensibilité personnelle qu'il manquait à "Eternal Sunshine of the spotless mind", à cause de Charlie Kaufman. A cause ? S'il apparaît que le scénariste restreignait la liberté du réalisateur, on comprend vite qu'il l'aidait aussi à structurer sa folie créatrice, apportant en plus une réflexion sur l'amour et le temps, une prétention à l'universel qu'il manque dans "La science des rêves". Ici, il se livre presque sans concession, avec une émotion palpable nullement altérée par la richesse de l'image et la complexité du montage. Stéphane nous est présenté comme un enfant qui se heurte trop peu à la réalité, parti dans la monde des rêves, monde qui nourrit son quotidien au point qu'il se comporte rarement en adulte : voilà donc un portrait qui se veut lucide et nuancé... et très touchant, comme un enfant cherchant à séduire les adultes. Qui dit autobiographie dit autocitation : Gondry, bien qu'il n'ait que trois films à son actif, a eu le temps de se forger un univers à travers le royaume du clip et de perfectionner sa technique ; on le voit bien, la maîtrise est absolue. Son cinéma est un foisonnement visuel en perpétuel mouvement, riche en trouvailles aussi techniques que poétiques, de l'eau en papier cellophane à la ville en carton. Et quel délice que cette image qui tremble en plein rêve, que cette image qui semble flottante et ce son qui vient d'ailleurs, comme si Gondry plongeait dans notre sommeil : le rêve, dans son inconstance, son malaise, son mystère, est mis en images, lumineux et fou ; oubliés les cinéastes qui font du rêve une torture cérébrale et inquiétante ! Michel Gondry est un de ces rêveurs assumés qui font le bonheur du cinéma.
Et bien sûr, le génie ne serait rien sans une excellente direction d'acteurs ; Bernal, Gainsbourg et Chabat ont évidemment le talent dans le sang, mais cela suffit-il lorsque l'univers est si marqué et atypique ? Gondry a tout compris et guide son casting selon son c½ur, et ne les laisse pas en perdition dans son monde : Gaël Garcia Bernal rayonne, Alain Chabat ajoute un film/rôle culte à sa filmographie déjà remplie et Charlotte Gainsbourg joue tout en sobriété et naturel. On vous l'a dit, "La science des rêves" sent le génie à plein nez.

On nage en plein rêve !

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# Posté le mercredi 20 septembre 2006 09:43
Modifié le mardi 12 juin 2007 14:49

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