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L'ivresse du pouvoir

L'ivresse du pouvoir
Chabrol vieillit. Il vieillit mais ne perd absolument pas ses talents cyniques ni son art de la manipulation. Hélas, il peine à mettre en forme ses idées et rend une copie assez sale.

Plus le temps passe et moins Chabrol soigne un point essentiel de la réussite d'un film : la direction des acteurs. Autant Isabelle Huppert est formidable de froideur (elle en a l'habitude) François Berléand impeccable et Thomas Chabrol fidèle à lui-même, autant le reste du casting est irrégulier ; Patrick Bruel frise à certains moments le ridicule, et d'autres acteurs gâchent même la prestation de leur partenaire tant ils sont mauvais ! De toute évidence, la faute en revient surtout à Chabrol, peut-être un peu aux acteurs eux-mêmes, car sa méthode de champs/contrechamps apparaît trop visiblement à l'écran, elle n'est pas fluide, il y a forcément quelque chose à modifier au tournage ou au montage. "La fleur du mal" avait déjà laissé entrevoir ces irrégularités : les acteurs atteignaient tantôt des sommets, tantôt s'approchaient des confins du ridicule. Bizarre, bizarre...
Une fois que l'on s'est fait à ce manque de naturel, le reste passe plus ou moins. Car si "L'ivresse du pouvoir" est douteux sur la forme, il est très bon sur le fond, très "chrabrolien". Le but n'est pas de chercher tous les détours de l'enquête puisque Chabrol les évoque trop furtivement, histoire de nous faire comprendre qu'il y a plus important : les tout-puissants. Ils sont laids, ils sont menteurs, ils sont pourris... rien de bien surprenant là-dedans. On la connaît l'image de l'homme d'affaire au-dessus de tout, costard, cigare et double menton ! En désirant en faire un portrait acide, Chabrol pousse trop loin la caricature si bien que sa charge ne devient plus percutante, elle devient risible car parodique malgré elle. Alors à défaut de s'intéresser aux grands hommes d'affaires, on observe attentivement Jeanne Charmant Killman et son ivresse du pouvoir. Quelle jouissance de renverser les intouchables ! Et pourtant, le retour sur terre se fait tous les soirs, de retour à la maison aux côtés d'un mari fantomatique, complexé et jaloux. L'acteur ressemble comme deux gouttes d'eau à François Cluzet, l'atmosphère est tendue, noire... comme "l'enfer". Une redite ? Regrettable. Non pas qu'il n'y ait rien d'exploitable dans cette sous-intrigue (à moins qu'il ne s'agisse de la véritable trame), elle permet de s'échapper du cadre morne du bureau/maison, mais elle est pesante.

Fort heureusement, Chabrol est expérimenté pour ce qui est du cynisme et signe un scénario parfaitement dialogué et jamais trop appuyé. Ou presque : la mise en images n'est pas à la hauteur. Chabrol sur le déclin ?

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Merci à blop qui, avec sa bonne critique, m'a mis les idées au clair. Et dire que j'ai failli ne mettre qu'une étoile !
# Posté le samedi 11 mars 2006 11:57
Modifié le dimanche 12 mars 2006 16:45

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