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Munich

Munich
Pour une fois, je vais commencer pas donner la note :

**

Ces deux étoiles sont celles de la déception, de l'indécision face à un film qui m'a laissé un goût fade. J'ai longtemps tergiversé entre deux et trois étoiles, parce que ce film présente assurément de bonnes choses, mais Spielberg doit être puni pour avoir bâclé "Munich". Trois mois se sont écoulés entre la fin du tournage et la sortie, d'où cette impression de "fait à la va-vite" que nous donnent certaines séquences, alors que d'autres sont véritablement géniales ; en somme, un film très inégal.
Décryptons le message, que Spielberg a voulu expliciter lui-même "c'est une prière pour la paix". Simpliste, mais la bonté du fond est indéniable. Ce qui est regrettable en revanche, c'est que Spielberg soit encore passé par le sentimentalisme familial pour gueuler son message "faites l'amour, pas la guerre !" ; la séquence finale (attention spoiler) où il baise et sue comme un taureau tout en repensant à la prise d'otages est risible, tant le parallélisme est ridicule et qui plus est mal filmé, à la limite de la pub pour l'Oréal... La famille, c'est bien gentil mais c'est du couru. La femme enceinte en tant que point de rattache d'un homme de plus en plus perdu, violent, etc, on a déjà vu ça quelque part ! De toute façon, chez Spielberg, ça semble de plus en plus impossible de ne pas avoir droit à cette leçon de morale sur les bonnes valeurs de la famille. (Petit test : si vous lisez cet article, mettez le chiffre quatre juste avant votre commentaire) Ce sentimentalisme est aussi l'occasion de révéler les failles du jeu d'Eric Bana (ou du monteur, qui n'a pas su couper le plan) dans une séquence émotion encore très cliché "Papa téléphone à sa gentille femme restée seule et entend la voix de sa fifille" qui serait presque réussie si Eric Bana ne grimaçait pas honteusement pour pleurer. Encore de la précipitation dans la réalisation.
Reste que Spielberg est un grand réalisateur hollywoodien, un pro du thriller qui réussit à ce niveau à nous faire vibrer avec des séquences insoutenables de violence (il en avait abusé dans "la guerre des mondes") et pas gratuites. Dans ces moments, je me suis dit "Ouah ! Ca mérite trois étoiles !", sauf que Spielberg s'embourbe par la suite dans des clichés sur la France impardonnables. Tour Eiffel, marché franchouillard, Georgette Lemaire qui chante Piaf et arrière-pays arriéré, "Welcome to France !" Pardonnons-lui, puisqu'on commence à avoir l'habitude et ce n'est pas parce que l'homme aux commandes se nomme Spielberg que ça sera différent. En tous cas, son film est long, plein de choses inutiles, comme cette fin qui s'éternise. A croire qu'il n'a pas voulu refaire la bourde de "la guerre des mondes". Il trouvera l'équilibre un jour, ne perdons pas espoir...
La question est également de savoir si Spielberg prend partie ; à ce niveau, toutes les interprétations sont permises et chacun y voit ce qu'il veut. C'est donc dans des interviews que le mystère se lève : le réalisateur n'a pas voulu faire un film polémique en restant le plus neutre possible. C'est plutôt réussi, et le discours théorique de l'affrontement entre Eric Bana et un combattant palestinien ne tue pas le film, on en redemenderait presque. Parce que contrairement à "lord of war", le message n'est pas percutant, on ne se prend pas en pleine poire notre sacré connerie. Toute l'absurdité de la vengeance n'est pas démontrée aussi bien que l'on pouvait l'espérer parce que le réalisateur prend son sujet avec des pincettes à cause de sa volonté de neutralité.
Voilà, Spielberg signe un film en demi-teinte, qui relève d'une vraie volonté de ne pas faire de "Munich" un film plat. Des efforts intéressants pour un film long et décevant.
# Posté le mardi 14 février 2006 06:57
Modifié le mardi 12 juin 2007 14:49

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