Il n'y avait que Peter Jackson pour nous passionner pendant trois heures pour - vulgairement - une histoire de gros singe ! Il n'y avait que lui pour nous offrir une fresque aussi foisonnante et maîtrisée tant sur le plan technique que narratif. Son "gros singe" est un sommet à côté duquel Gollum fait brouillon. Grâce à Andy Serkis, Kong existe aussi bien physiquement que émotionnellement, c'est "beautiful"! Son regard vous arrachera quelques frissons, si ce n'est quelques larmes.
Et pourtant, le pari d'un remake du célébrissime "King Kong" était risqué au moins autant que "Titanic" : tout le monde connaît la fin et en est blasé d'avance. il faut donc réussir à remplir intelligemment les 3/4 du film de façon à amener subtilement le final, qu'il soit plus ou moins magistral. Jackson réussit et gagne son pari : celui de nous scotcher à notre siège pendant trois heures haletantes, entre puissance et intimité, entre monstres et romantisme. Ainsi, il nous offre de véritables moments de magie pure, en témoigne cette scène où Kong tombe amoureux de la belle et de ses acrobaties ; il rit de façon si touchante que le rire de la salle s'accompagne de frissons. A côté de cela, on assiste à d'impressionnantes courses ou batailles de dinosaures, à des luttes contre des bites géantes dont la bouche baveuse rappelle fortement "Alien" et à des affrontements humains-bestioles à pattes multiples et mouvantes, qui n'en finissent pas. Et le plus drôle dans tout ça, c'est que les petites bébêtes sont plus effrayantes que les grosses !!! Elles pullulent tant que les personnages ne se sortent jamais du pétrin, c'est épuisant ! Voilà donc ce que l'on pourrait reprocher à Peter Jackson : son amour pour la série B, se traduisant ici par une orgie de monstres tous plus ou moins terrifiants qui deviennent pesants à la longue. Qu'importe ? A près tout, ça faisait tellement longtemps que l'on n'avait pas dépoussiéré nos vieux mythes du cinéma d'antan avec autant de respect et d'admiration. Peter Jackson est fan et nous le fait sentir, loin d'un remake commercial à "la planète des singes" : "King Kong", c'est du lourd.
A regretter qu'avec sa première partie à New York et sur le bateau, Peter Jackson tombe parfois dans la facilité où violons et grands sentiments ne font pas bon ménage, ni travellings avant et phrases solennelles par ailleurs. Fort heureusement, les violons s'adaptent et ne font plus que renforcer l'émotion eu fur et à mesure pour nous amener au final éblouissant et tenant toutes ses promesses. Un véritable hommage.
"It's the beauty that killed the beast."
>> Jack Black
Les acteurs :
Si fond vert il y a, cela ne se ressent en rien sur le jeu des acteurs, tous formidables, sans exception notable.
- Naomi Watts : c'est une grande actrice, et en douter serait blasphématoire. Seulement voilà, question de goût, je n'aime pas. Son jeu à la Nicole Kidman, la bouche sensuellement entrouverte et le souffle au bout des lèvres a le don de m'agacer. Pire encore, elle a les larmes faciles... et elle est blonde !!! Cependant, et c'est incontestable, sa performance est extraordinaire. Le risque aurait été de jouer la cruche pseudo-artiste, la blonde pure et dure comme c'était le cas dans le remake de 1976 (paroles rapportées, je n'ai pas vu le film), eh bien non ! J'ai même beaucoup aimé cet hommage au cinéma des années trente et leur jeu un peu faux et propre qu'elle a su très bien honorer.
- Adrien Brody : lui aussi est un grand acteur, c'est indéniable. Je l'adore. Pourtant, il a toujours le même jeu, un peu névrosé, la larme à l'oeil et la bouche pincée. Mais son regard... ouah ! Ici, son personnage est complètement différent des héros du "pianiste" et de "the jacket", romantique et héroïque, l'écrivain rêveur traditionnel auquel il ajoute sa touche personnelle.
- Jack Black : une découverte. Sa prestation du réalisateur fou, incarnation de Peter Jackson, est absolument excellente bien qu'on puisse lui reprocher de pousser le trait jusqu'à la caricature. La passion rend fou, c'est évident !
- Andy Serkis : comme pour Gollum, l'acteur est peu visible à l'écran. Il interprète le cuistot et bien sûr Kong ; on lui doit tous ces petits gestes et expressions réalistes, touchants. Ca mérite un Oscar. Mais difficile de récompenser un acteur intégralement en images de synthèse à l'écran... J'attends donc impatiemment son émancipation, il le mérite.
- Jamie Bell : je ne savais pas qu'il jouait dans le film. Quand je l'ai reconnu, un sourire est béatement apparu sur mes lèvres. Mon amour de Jamie Bell ! Mon éternel Billy Elliot ! (Pardon, je m'emporte !) Il est vraiment très doué et nous le prouve ici bien que son rôle ne soit pas le plus intéressant, étant relativement cliché. Un petit clin d'oeil à son talent de danseur s'est glissé dans le film...
- Thomas Kretschmann : THE héros qui arrive au bon moment pour sauver l'équipe des grosses bestioles ! Son personnage n'est pas non plus très remarquable, en revanche, l'acteur l'est. Me doit-il ce compliment grâce à sa belle gueule ? En partie, je ne vais pas m'en cacher. Il n'en reste pas moins un bon acteur, à suivre de près, qui a trouvé son meilleur rôle avec Polanski dans "le pianiste".
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