Il y a peu de temps, ce film serait entré dans la rubrique "critiquons un chef-d'oeuvre". Me voilà désormais plus avertie sur le cinéma de Luhrmann, et passé l'effet de surprise, mon avis est moins sévère. Avec cet ultime volet de la "trilogie du rideau rouge", Luhrmann réaliserait presque un "Roméo + Juliette" bis, étant donné que le thème est toujours le même : l'amour impossible. N'ayant rien perdu de son expérience Shakespearienne, il alterne encore comédie et tragédie. Cette fois-ci, ses amants ne sont pas deux marginaux : seul Christian est un romantique invétéré, poète incorrigible et amoureux passionné. Et c'est à ce niveau que l'on touche à la première fausse note du film : comment un bohème mielleux peut-il avoir le coup de foudre pour une star superficielle et sans âme ? Bien sûr, comme dit Shakespeare "l'amour des jeunes gens n'est pas vraiment dans le coeur, il n'est que dans les yeux",cependant le coup de foudre est peu crédible. Christian rencontre une Satine complétement folle, fermée à la poésie et prête à tout pour être une star, même à se rouler dans les coussins, à se frapper de plaisir pour des mots qu'elle ne comprend à tous les coups même pas. Une séquence ratée, à peine drôle, à des années lumière du coup de foudre suspendu des amants de Vérone. Mais une fois oublié ce passage agaçant, l'amour prend vraiment forme. Bref, encore une fois, Luhrmann n'a pas su ménager son spectateur d'entrée de jeu et commence par rater. Mais il enchaîne par la suite les réussites.
La grandiloquence semble innée chez lui, étant donné que chaque séquence va crescendo, autant dans les effets musicaux que dans les sentiments, puis que tout retombe, pour un moment de silence terrible. Prenons pour exemple ma séquence préférée : el tango de roxanne. Une musique qui commence doucement, pianissimo, puis les violons explosent. Une image pour chaque temps. La chanson est célébrissime et sied pourtant parfaitement à l'histoire : encore une relecture signée Luhrmann. Sublime séquence donc, accompagnée d'une chorégraphie magnifique (je sais de quoi je parle!). Problème : Luhrmann ne sait pas filmer la danse et ses choix se dirigent toujours vers les acteurs plutôt que vers la chorégraphie. Résultat : on ne voit rien. C'est à se demander si la chorégraphie sert à quelque chose. Au fond, une comédie musicale sans danse, c'est très décevant. En outre, oser défigurer notre Moulin Rouge national est quelque chose de difficilement pardonnable : il n'y a plus une once de français dans ce Moulin Rouge américanisé au possible, Baudelaire a dû se retourner dans sa tombe !
Avec ce troisième film, Luhrmann est plus ambitieux que jamais et se canalise parfois difficilement. Heureusement, il a le sens du drame et ses amants sont inoubliables.