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Roméo + Juliette

Roméo + Juliette
J'aime tellement ce film que c'est mon sujet de TPE : "3 regards sur le mythe intemporel des amants de Vérone : le ballet de Noureïev, la comédie musicale de Robert Wise et le film de Baz Luhrmann"

Quelle idée folle que de conserver le texte original de l'oeuvre de Shakespeare dans notre monde contemporain ! Risqué mais réussi ! Luhrmann offre une relecture complète de l'oeuvre tout en restant très fidèle au caractère des personnages, hauts en couleurs, chez Lurhmann autant que chez Shakespeare. Ne choisissant que des acteurs peu connus pour une oeuvre célébrissime, il gagne le jackpot avec son Roméo, interprété par un Leonardo DiCaprio à fleur de peau, aussi beau que touchant. Le personnage en lui-même est un marginal au coeur d'artichaut, mignon jeune homme à l'âme romanesque. Sa première apparition est à son image : d'une beauté bouleversante, sous un soleil se couchant sur une plage désertée. Roméo est seul. Il se parle, il nous parle. Dans une aura de lumière, son appartition est celle d'un ange, contrastant avec la première séquence, immondice parodique du cinéma d'action, westerns en premier. Cette introduction n'épargne d'ailleurs pas le spectateur et peut facilement le dégoûter du film avant même qu'il l'ait vu. Cet art de l'excessif est propre au cinéaste, qui manie aussi bien le comique et le tragique dans toute leur puissance. Comme Shakespeare, il passe facilement d'un registre à un autre, c'est pourquoi "Roméo et Juliette" lui sied parfaitement bien. Une fois passée le choc de la première séquence, tout coule de source.
Juliette se devait aussi d'avoir une apparition digne de ce nom. Alors que toute la demeure Capulet est en effervescence, que Luhrmann traduit avec ses accélérations habituelles, Juliette prend un bain ; son joli visage est tourné vers nous, sous l'eau, en silence, dans une image presque figée. Là encore, Lurhmann joue sur le contraste : Juliette est aussi une marginale. Mais l'eau n'est pas un choix hasardeux. En effet, plus tard, lorsque Roméo s'isole du bal, il plonge son visage dans l'eau du lavabo des toilettes. L'eau est donc un élément rassurant, autant pour Roméo que pour Juliette, c'est pourquoi leur coup de foudre se déroule au travers d'un aquarium... dans les toilettes !!! Petit clin d'oeil humoristique d'un réalisateur décidément pas comme les autres. Et quand on connaît l'importance de l'eau, on comprend pourquoi Lurhmann ajoute une piscine à la fameuse scène du balcon. Scène d'anthologie, c'est certain. L'amour est moins chaste que le désirait Shakespeare et amplifié par l'érotisme de deux corps trempés. Une musique sublime, point trop mielleuse, composée par Craig Armstrong, accompagne les amants dans leur ronde amoureuse. Moment suspendu. On ne veut pas les quitter. Pourtant, il le faut bien car la nourrice pointe le bout de son nez, son accent espagnol résonnant comme une fausse note dans le romantisme de la scène. Bien entendu, c'est volontaire. Car chez Shakespeare, la nourrice est un personnage très cru, réaliste et haut en couleur qui s'exprime dans un langage familier (Shakespeare différencie les classes : il alterne prose et vers). Baz Luhrmann ajoute sa petite touche personnelle au personnage avec cet accent à couper au couteau et des costumes très... colorés ! En somme, tous les personnages passent par la retouche Luhrmann. Tybalt est le pire des méchants, déguisé en diable pour le bal, Benvolio a des manières de fillette et Frère Laurent est jardinier amateur (La pièce le permet : "il faut que je remplisse cette cage d'osier de plantes pernicieuses et de fleurs au suc précieux"!)...
Le film dure 2h, c'est peu pour une pièce aussi riche. Normal, Luhrmann aime que ça aille vite. Mais comment faire avec un texte aussi strict et beau ? Où couper ? Surtout ne pas couper de scènes entières, ce serait faire outrage à l'oeuvre originale. Alors, il faut couper les répliques redondantes au sein d'une même scène, les intercaler (ce que ne permet pas le théâtre) pour donner de l'énergie au film et faire connaître Shakespeare au public le plus large. Et de l'énergie, le réalisateur en a à revendre ! Elle devrait d'ailleurs parfois être canalisée car ses films tournent facilement au bordel ; mais dans ce foisonnement d'images, parfois presque subliminales, il y a mille choses. Des symboles, entre autres : un journal sur lequel trône en première page une photo des chefs Montaigue et Capulet se serrant la main, faisant appel à notre passé politique, un coeur rayonnant, un feu d'artifice, Roméo et Juliette s'embrassant entourés de colombes, le tout surmonté de la voix de Frère Laurence "cette union peut, par un heureux effet, changer en pure affection la rancune de vos familles." Une parfaite illustration du texte.
# Posté le samedi 31 décembre 2005 08:31

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