Qu'il est bon de constater que des artistes capables de remplir 4 Zéniths savent encore rester humbles et généreux ! 10 ans que Tryo est né pour donner du bonheur à un public de plus en plus grand, amoureux des voix harmonieuses de Guizmo, Mali et Manu et des rythmes du discret Danielito. On dit que vieillesse apporte sagesse, mais hélas pas dans le show-buisiness. Le quator Tryo fait exception à la règle. Pour son troisième et avant-dernier Zénith, le groupe s'est montré puissant, communicatif et dévoué à toutes les formes d'art. Sur scène, Manu, Guizmo, Mali et Danielito ne sont pas seuls : ils sont accompagnés de celui à qui ils doivent tout, Totor, d'un trio de cuivres, d'un violoniste et d'un violoncelliste, ainsi que d'acrobates. La mise en scène, signée Mali, fait preuve à la fois d'humour et de sensibilité, offerte sans peur à un public venu en masse applaudir le groupe. Le concert débute de façon surprenante. Comme toujours, le noir se fait, le public s'époumone et la lumière se fait enfin sur les premiers accords d'une chanson du célèbre répertoire des artistes. Des silhouettes apparaissent sur scène. Surprise ! Ce n'est que du carton ! Les vrais musiciens, ceux de chair et de sang, sont là où on ne les attendait pas, c'est-à-dire dans les gradins ! De la fosse, les fans ne voient que quatre ballons lumineux flotter et se déplacer lentement en musique, frustrés de ne pouvoir les voir de plus près ; ils ne peuvent que chanter à tue-tête les airs du medley, et cela pendant 1/4 d'heure. Enfin, le quator arrive sur scène et les choses sérieuses commencent. Les chansons s'enchaînent, comme dans un concert traditionnel. Traditionnel ? Ah non ! Tryo n'est pas un groupe comme les autres ! Il COMMUNIQUE. Il excite le public avec des vannes lancées quand il le faut : "sérieux, si vous pouviez faire un peu moins de bruit parce que y a les voisins qui nous menacent, ils en peuvent plus, vous faites vraiment trop de bruit." Quel meilleur moyen pour déclencher des cris, des ovations ou des huées à faire trembler le zénith ? Là où les stars du rock ont les pogos et autres violences inter-fosse, Tryo a l'humour. Ainsi, sur "désolé pour hier soir", Mali et Totor se lancent dans une improvisation hilarante, où ce dernier, déguisé en sorte de femme "mélange de Jackie Sardou et d'un Pokémon" fait du charme à notre inépuisable Christophe Mali, pas encore rétabli d'une cuite qui l'a fait "monter au chapiteau". Mémorable ! Encore une preuve que Tryo ne délaisse aucun art, du théâtre au cirque, de la danse à la musique tout simplement. Ce soir-là, les artistes invités sont - ô surprise - Bénabar, qui reçoit un accueil triomphal pour une brève prestation sur "Armstrong", et les inévitables Ogres de Barback qui interprètent 2 chansons dont la touchante "première fois" que le public connaît par coeur. Quand M apparaît en vidéo, il déclenche une ovation hors norme. Il n'est pas là pour chanter mais pour danser, et faire danser Tryo et plus si affinités. Et en effet, tous les artistes se réunissent pour danser cette superbe chorégraphie digne de notre chère Star Academy. Du cynisme encore avec la "Tryouze". Mais qu'est-ce ? Une version gigantesque de la partouze. La tryouze est une exclusivité du 8 Décembre puisqu'elle est une réaction provocatrice aux charmants journalistes qui ont qualifié le concert d'incitation à la débauche, certainement à cause des préservatifs gonflés volant à travers la salle et à la chanson "serre-moi", la plus belle du répértoire Tryo, hymne à l'amour et au sexe. Du cynisme encore et encore avec les références politiques qui font l'hunanimité chez les fans de Tryo. A deux reprises, notre cher ministre de l'intérieur est épinglé et cité dans le texte "diviser pour mieux régner".
Ainsi, pendant 3h30 exceptionnelles, Tryo n'a jamais perdu de son énergie, le public non plus. On ne peut s'étonner de tant d'endurance pour des artistes qui, au bout de 10 ans, ont su rester fidèles à leurs principes. Ô joie ! Ils n'ont pas changé ! Dans 10 ans, ils nous l'ont promis, on les retrouvera au même endroit, fidèles au poste et à eux-mêmes. En attendant, on en demande encore, car 10 ans d'attente, c'est trop long...
