En 1917, par un matin de Décembre, dans un village situé près du front mais à l'abri de la guerre, une enfant est retrouvée assassinée à deux pas de la demeure du procureur Destinat qui vit depuis des années muré dans son veuvage et dans ses secrets. L'enquête menée par le juge Mierck, que le procureur a toujours méprisé et humilié, devient alors un jeu pervers où la fabrication d'un coupable semble davantage compter que la recherche de la vérité.
Il m'est très difficile d'écrire à propos de ce film tant il m'a subjuguée. Je vais donc vous livrer une critique tout sauf académique...
Marre des films manichéens ? Précipitez-vous sur "les âmes grises". Le titre donne le ton : ni noir, ni blanc. Gris. Et j'ai un amour immodéré pour les choses tristes, pesantes. Le gris, c'est terne ; le film ne l'est pas, dans le sens où il n'est pas fade, et bien loin du classicisme que lui ont reproché les critiques. "Les âmes grises", un téléfilm conventionnel ??? AAAAAAAAAHHHHHH !!!!! Tous les goûts sont dans la nature, d'accord, mais à cause de ces foutues critiques, les spectateurs ont délaissé ce joyau 2005. En revanche, si l'on regarde les critiques des rares spectateurs qui l'ont vu, elles sont très bonnes. Peut-être parce que eux au moins se sont laissés prendre par l'atmosphère glaciale, intense du film. Sur ce point, Studio mag (THE référence) dit juste : "côté atmosphère, le film est une réussite". En fallait-il plus pour véhiculer un sentiment de malaise et d'horreur ? L'extraordinaire dans ce film, c'est la souffrance par omission : on ne voit rien de la guerre. Pas de combats, pas de cadavres, simplement la terreur, la folie de soldats passant par le petit village, et cela traîté avec une efficacité redoutable.
D'autre part, "les âmes grises" étant l'adaptation du très récompensé livre homonyme de Philippe Claudel (aucun lien, fils unique !!!), la trace littéraire se ressent à travers les sublimes dialogues prononcés par des acteurs... ouah ! Il n'y a pas de mot. Quand Jean-Pierre Marielle dit "si l'enfer existe, il faut bien qu'il serve" (à restituer dans son contexte), la salle frémit, j'ai même entendu un spectateur (je ne me souviens plus si c'était mon connard de voisin) dire "elle est horrible cette phrase!". Une cruauté froide qui résume le film. Et puis, il y a Jacques Villeret. Comme il est triste que le jeu des dates de sortie nous fasse retenir "les parrains" comme son dernier film qui vaut certainement bien moins que "les âmes grises" qui est bien le dernier film qu'il a tourné. Lui seul aurait mérité que le film soit un succès. Dommage : on oublit trop vite nos morts (ah ! quand je repense à la cérémonie des césars où son nom n'a pas été prononcé une seule fois!!). Et puisqu'on en est à parler des acteurs et des césars, je réclame au moins une nomination au césar du meilleur espoir pour Thomas Blanchard, qui me donne encore des frissons tant il est éblouissant. Son personnage paraît être le moins trouble, celui pour qui l'on compatit avec bonheur dans ce monde glacial, la pauvre victime, l'injustice incarnée mais... suspens...
A ce niveau justement, on touche à une autre grande qualité de ce film : l'indéfini. Studio mag (encore !) dit à ce propos : "côté intrigue, on reste sur sa faim". Oui et non. Oui, car au final, on a un coupable fusillé mais le doute sur l'innocence de chaque personnage persiste. Non, car le flou participe à l'atmosphère de malaise générale. Petite anecdote : même les acteurs ne savaient pas s'ils étaient coupables ! Jean-Pierre Marielle disait tantôt après une séquence "là, c'est sûr, je suis coupable", tantôt "c'est pas moi, je suis innocent !" (rapporté par le réalisateur lui-même que j'ai eu la chance de rencontrer pour une avant-première-débat très intéressante).
En résumé, un chef-d'oeuvre malheureusement d'ores et déjà oublié.
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PS : A part ça, je n'étais pas inspirée... hum!
