"La vie des autres" ou la surprise allemande... de l'année ? A voir l'expansion et la qualité du cinéma allemand de ces dernières années, nous ne sommes pas à l'abri des bonnes surprises. Toujours est-il que le premier film de Florian Henckel von Donnersmarck arrive en fanfare sur les écrans français, déjà couronné maintes fois (7 Césars allemands !). Les profs d'Histoire sont déjà fans : aucune nostalgie d'un doux temps communiste, non, des faits. On entre dans un film entièrement déshumanisé, mécanique, froid, à l'image d'Ulrich Mühe, agent de la STASI, à l'image du régime même. Nous voilà, spectateur, en position de voyeur, entrant dans la vie de ce couple d'artistes, comme le fait la STASI, mettant les mots sur les faits, banals ou intimes ("ils déballent des cadeaux, et ensuite, probablement un accouplement" : cherchez le lien logique !). Une fiction rigoureusement documentaire, en somme ? Nein. Car petit à petit, le film et ses personnages s'humanisent. Le silence et la résignation des artistes deviennent protestation – suite au suicide d'un ami metteur en scène, interdit de travailler – et nous entrons enfin dans la mécanique inverse, celle de la dislocation progressive du régime à l'échelle de ces quelques individus. Sans même que l'on s'en aperçoive, l'émotion nous gagne, pas à pas. L'officier de la STASI, au visage toujours impassible, devient alors humain ; son masque laisse parfois entrevoir ses fêlures, sa solitude, mais seuls ses actes sont les marques brutes de son humanité (re)naissante. Ulrich Mühe est captivant : son visage monotone dit tout ! C'est ainsi qu'humblement, il sauve le couple qu'il a le premier voulu surveiller ; mais il n'y a ici aucune héroïsation ni grandiloquence quelconque. De même, tout un chacun attend un final grandiose, une réplique déchirante, à deux doigts de fantasmer les violons... eh bien non ! Florian Henckel von Donnersmarck prend nos attentes à contre-pied et réalise le final parfait, point d'orgue de l'émotion simple.
L'art, comme salut d'une humanité en perdition...
En un mot : Rigoureux.
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